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Le tigre : une histoire de survie dans la taïga

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Livres adultes(9782369140252) 
 
Auteur
John Vaillant [auteur] 
 
Titre
Le tigre [Texte imprimé]  : une histoire de survie dans la taïga : récit / John Vaillant ; traduit de l'anglais (Canada) par Valérie Dariot ; préface de Guillermo Arriaga.
 
Editeur
Paris : Librettoimpr. 2013 (2010 Première édition).
 
ISBN
978-2-36914-025-2
 
 
 
Exemplaire
 
 
Code-barres
806030272
 
N° inventaire
75634
 
Secteur
Documentaires adulte
 
Cote
914.7/VAI
 
Disponibilité
Disponible
 

 
Collection
Libretto ; 431
 
Description
1 vol. (435 p.-[8] p. de pl.) : ill., cartes, couv. ill. en coul. ; 19 cm
 
Notes
En hiver 1997, un tigre de Sibérie chasse et dévore les habitants d’un petit village isolé dans les forêts de l’Extrême-Orient russe. Iouri Trouch et ses hommes de « l’inspection Tigre » sont appelés pour enquêter sur les attaques du félin, et pour décider de son sort. Il ne s’agit pas d’un animal ordinaire : tous les tigres sont doués de mémoire, ce qui les rend extrêmement dangereux, mais celui-ci semble engagé dans un véritable processus de vengeance. John Vaillant suit l’équipe d’inspecteurs dans leur traque du tigre, à travers la forêt dense et le froid mordant. Il décrit également les effets de la présence de l’animal sur le village terrorisé. Minée par la pauvreté et les dures conditions de vie, la population de cette région s’est tournée vers le braconnage et l’abattage illégal de la forêt pour survivre. Elle a ainsi contribué à la disparition progressive de la race du tigre de l’Amour, qui figure aujourd’hui sur la liste rouge des espèces menacées en Russie. A travers ce récit d’aventure haletant, basé sur une histoire vraie, Vaillant documente la dévastation économique, culturelle et environnementale de la Russie post-soviétique, ramenant les actes désespérés du félin à un symptôme de la crise touchant à la fois cet animal en voie de disparition – et les humains partageant son territoire.
Bibliogr., 12 p.

Amour fauve

En Sibérie, le tigre se conjugue au féminin. Ça ne le rend ni moins puissant ni moins solitaire. Il est à la région du fleuve Amour ce que le requin blanc est à l’océan : une présence dont la perfection mesure et juge l’homme qui la côtoie. Quatre cents tigres ont survécu à l’effondrement de l’URSS - qui a provoqué misère et braconnage -, aux «nouveaux Russes» chassant avec d’excellents fusils à lunettes, à l’implacable gloutonnerie des Chinois, qui raffolent de leurs prétendues vertus aphrodisiaques. Le tigre est le fléau d’une balance que l’homme a déséquilibrée.

Roi menacé. Celui dont il est question dans le livre de John Vaillant, journaliste américain résidant au Canada, vivait dans le Primorié, au nord de Vladivostok. Le Primorié est un jardin extraordinaire, impitoyable et enchanté, une «jungle boréale» où les tropiques cohabitent avec l’Arctique :«Nulle part ailleurs le glouton, l’ours brun et l’élan ne peuvent boire au même cours d’eau que la panthère, dans un bassin où cohabitent arbres au liège de l’Amour, bambous et ifs solitaires. Dans ce paysage, les ours noirs de l’Himalaya bâtissent dans des arbres à baie des plateformes de fortune qui semblent trop fragiles pour supporter leur poids, des fleurs de pavots dodelinent sous le soleil et le ginseng garde ses secrets dans la pénombre.»Au cœur et au sommet de cet univers, le tigre règne comme un roi menacé. Sa vie, épuisante, se passe à chasser.

En décembre 1997, l’un d’eux guette près de sa cabane un chasseur expérimenté qui braconne pour survivre, Markov, et fond sur lui à la nuit tombée. Il massacre les chiens, dévore le maître et détruit son gîte. Ce meurtre prémédité bouleverse la population locale. Jusqu’ici, hommes et tigres se tenaient à bonne distance. Il n’y avait pas, comme jadis en Inde, de tigre mangeur d’homme. Chacun se demande pourquoi celui-ci s’en est pris, avec une telle obstination, à Markov - pourquoi il est devenu, dans ce «livre blanc» qu’est le Primorié par -40°C, une incarnation de Shere Khan guettant Mowgli, à qui le loup dit : «Le plan de Shere Khan est de t’attendre à la barrière du village, ce soir… de t’attendre, toi, et personne d’autre.» La rancune, la patience et l’intelligence du tigre de l’Amour visaientMarkov, et personne d’autre. Pourquoi ?

Le responsable de la protection des tigres, un géant nommé Iouri Trouch, doit répondre à la question et se résoudre, après la mort terrible d’un second chasseur, à traquer le fauve blessé qu’il avait pour mission de protéger. Il le fait en compagnie de trappeurs aux personnalités formidables. Cependant, la bête leur échappe, comme si sa fureur, ses blessures, la faim, la rendaient invisible, presque magique. Un chasseur dit : «Le tigre est puissant, fort et juste. Il faut le respecter. Vous pensez qu’il ne comprend pas votre langage, mais rien ne lui échappe. Il peut lire dans l’esprit d’une personne.» Il peut même «lui voler son âme».

John Vaillant enquête sur ce fait divers comme Trouch et ses compagnons cherchent le tigre : avec un acharnement précis, par examen des traces, les digressions correspondant aux cercles des chasseurs repérant les empreintes. Aucune dimension n’est négligée : réelle, symbolique, géographique, historique, sociologique, éthologique, finalement philosophique. Ce que signifie vivre et survivre dans cette région depuis sa conquête par les cosaques ; ce que les changements politiques et sociaux ont fait de la vie des hommes et de leur rapport avec la nature : tout est décrit, analysé, pensé, sur le chemin qui conduit au tigre.

Effroi. Quand il feule, la forêt entière semble gronder et l’homme est paralysé. L’un des rares ayant survécu à une attaque conte son effroi et sa fascination quand la bête fut sur lui : «Ses yeux étaient incandescents, ses oreilles plaquées en arrière. Il me montrait ses crocs et j’ai cru lire de la surprise dans son regard, comme s’il voyait une chose à laquelle il ne s’attendait pas. J’entendais mes os craquer et se rompre. La douleur était atroce. Ce tigre était en train de me dévorer vivant et je ne pouvais rien faire.»

Les chasseurs finiront par trouver le tigre mangeur d’homme et par comprendre ses raisons. Sa mort s’accompagne de tristesse plus que de soulagement : le livre fait aimer le tigre comme une part héroïque, sensible et perdue de nous-même. Il fait comprendre les hommes qui s’en approchent : quels que soient leur alcoolisme et leurs déroutes, la présence du tigre les grandit. C’est de l’humanité que cette histoire fait douter : plus elle accule le tigre, plus elle s’en éloigne, plus elle s’éteint.
Philippe LANÇON. Libération.
 
Langue
Français
 
Langue d'origine
anglais (Canada)
 
Indice
 
Traduit de
The tiger
 
Autres auteurs
 
 
4
Note moyenne : 4 (1 vote)

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